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LE PHRA PLAK PHRA LAM (ép 5) LA SYMBOLIQUE DU PONT

Le Phralak Phralam
ພຣະລັກພຣະຣາມ
Episode 5
La construction du pont

La Symbolique
du pont

Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang 1

Le pont symbolise ce qui relie. C’est la force d’Hanoumân. Le pont le reliera à la princesse Sida prisonnière. La séduction permettra de relier Hanouman aux filles du roi des mers. Contrairement à Thotsakan qui s’isole dans son île, puis s’isole encore un peu plus en bannissant Phiphek.

Le pont symbolise le passage de deux états ; l’avant, celui de la séparation et de l’emprisonnement et l’après, les retrouvailles et la liberté retrouvée.

Comme chez Freud, le pont représente l’élément mâle et viril. Il est représenté par le général et son armée de singes. La mer, elle, représente l’élément féminin et maternel ; ce sont ici les princesses.

Le personnage d’Hanoumân prend plus d’épaisseur encore ici avec ce qu’il faut de force et de poigne pour diriger une armée et ce qu’il faut de douceur pour séduire. Comme le dit un proverbe chinois : « la valeur d’un général réside dans sa stratégie, non dans son courage. »

Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang 2

Voici le déroulé de ce cinquième épisode :

Thotsokan (Rāvaṇa dans le Ramayana, Hapkhanasuan ou Phimmachak au Laos), roi des Rakshasas, le roi des Géants aux ongles venimeux et adorateurs de chairs humaines et de cadavres, roi aux dix têtes et vingt bras, sur son île de Lanka, fait un rêve étrange qu’il ne comprend pas. Il appelle Phiphek pour que celui-ci interprète ses rêves. Comme Cassandre, elle dit la vérité qui offusque notre roi qui la chasse alors de son île.

De l’autre côté, les singes continuent la création du pont qui leur permettra de les relier à Lanka et d’attaquer les Raksharas. Mais la construction fait tellement de bruit, qu’elle dérange dans les profondeurs de l’océan, le roi Sakhala (Nagaraja = Roi des Serpents), roi des médiateurs entre le Ciel et la Terre, les fameux Nâga (नाग « Serpent »), incarnations de Vishnu. Le roi envoie ses filles, dont la princesse Massa, voir ce qui se passe au-dessus de si bruyant. Elle se transforme alors en poisson afin de passer inaperçue.

Les filles détruisirent si bien l’ouvrage que l’avancée du pont s’en trouvait compromise. Hanoumân décide alors de plonger la tête sous l’eau et découvre les « poissons » de Sakala œuvrer énergiquement à la destruction de son ouvrage. Sans lutter et avec sa seule beauté, Hanoumân séduisit les belles nymphes.

L’ouvrage put enfin se terminer. Hanoumân décide alors de faire fondre ses troupes sur Lanka afin de délivrer la belle Nang Sida prisonnière.

ARTGITATO

Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang 3

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 En quelques mots

Le Phra Lak Phra Lam :

Le Ramayana  (रामायण) Le parcours de Rama) version laotienne.

(Version khmère : Ramakerti – Version malaisienne : Hikayat Seri Rama – Version Thaïe : Ramakien)

Les Principaux Personnages de l’épopée :

Sītā (सीता) avatars de Lakshmi, symbole de la nature, compagne de Vishnu, épouse de Rāma symbole de la culture, devient Nang Sida
Râvana, le démon aux dix têtes et aux vingt bras, gouverne les Rakshasa sur l’île de Lanka, actuelle Sri Lanka, ennemi de  Rāma, qui enlèvera Sītā devient Hapkhanasouane.
Laksmana, लक्ष्मण, frère cadet de Rāma, l’accompagne dans son exil, deviendra Phra Lak, ພຣະລັກ.
Rāma, le frère de Laksmana, devient Phra Lam (ou Phra Ram ພຣະຣາມ)
Hanoumân, « pourvu de grandes mâchoires », le dieu singe, fidèle de Rāma qui l’aidera à retrouver Sītā deviendra Houlaman

LE PHRA LAK PHRA LAM (ép. 4) LA QUESTION DES LIMITES

Le Phralak Phralam
ພຣະລັກພຣະຣາມ

Episode 4
L’arrivée d’Hanoumân
sur Lanka
& la rencontre
avec Nang Sida

Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang 2

Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang

 La Question
des limites

Les limites sont le thème central qui articule cette partie. La limite entre le continent et Lanka. La limite du pouvoir des singes qui sont obligés de construire un pont afin d’aller combattre sur Lanka. Les limites que fixent Nang Sida à Thotsakan, qu’il n’arrive pas à dépasser. Les limites de l’action d’Hanoumân sur la décision de Nang Sida de revenir par les airs. Les limites des gardiens comme les gardiens des mers qui ne gardent pas grand-chose, ni les mers ni le passage vers Lanka.

Le résumé de l’épisode :

Hanoumân s’envole vers l’île de Lanka en laissant ses troupes de singes à terre, toujours affairés à construire le pont qui reliera le continent et Lanka. Il débarque sur l’île de Phixay Longka. Il se fait attaqué par Samouthone, la gardienne des mers. Hanoumân en sort vainqueur après un combat d’une extrême violence ou Samouthone en sort disloqué.

Il arrive alors sur l’île de Lanka et se dirige vers le palais où est retenu Nang Sida. La princesse n’ayant toujours pas cédé aux vives demandes de Thotsakan  (Hapkhanasouane).

Hanoumân réussit à rencontrer la princesse. Il lui livre son intention de la délivrer en lui montrant le bijou prêté par son mari Phra Lam.

La princesse refuse sa proposition et souhaite que son mari vienne lui-même la délivrer. Hanoumân repart donc vers le palais de Phra Lam. En partant de l’île, il en profite pour brûler une partie des bâtiments.

 Le Phra Lak Phra Lam Argitato Luang Prabang 3

Le Phra Lak Phra Lam :

Le Ramayana  (रामायण) Le parcours de Rama) version laotienne.

(Version khmère : Ramakerti – Version malaisienne : Hikayat Seri Rama – Version Thaïe : Ramakien)

Les Principaux Personnages :

Sītā (सीता) avatars de Lakshmi, symbole de la nature, compagne de Vishnu, épouse de Rāma symbole de la culture, devient Nang Sida
Râvana, le démon aux dix têtes et aux vingt bras, gouverne les Rakshasa sur l’île de Lanka, actuelle Sri Lanka, ennemi de  Rāma, qui enlèvera Sītā devient Hapkhanasouane.
Laksmana, लक्ष्मण, frère cadet de Rāma, l’accompagne dans son exil, deviendra Phra Lak, ພຣະລັກ.
Rāma, le frère de Laksmana, devient Phra Lam (ou Phra Ram ພຣະຣາມ)
Hanoumân, « pourvu de grandes mâchoires », le dieu singe, fidèle de Rāma qui l’aidera à retrouver Sītā deviendra Houlaman.

ARGITATO

LE PHRA LAK PHRA LAM (ép 3) L’INATTEIGNABLE CIBLE

Le Phralak Phralam
ພຣະລັກພຣະຣາມ

Le Phralak Phralam ARTGITATO Luang Prabang 3

Episode 3 :
Hanoumân à la recherche de Nang Sida

 L’Inatteignable
cible

Le troisième épisode est placé sous le signe du ratage. Les stratégies font long feu.

Phra Lam n’arrive toujours pas à retrouver la belle princesse Nang Sida.
Les troupes de singes menées par le brave et valeureux Hanoumân n’arrive pas à atteindre Lanka. Le vieux et sage oiseau bleu rate inlassablement les singes qu’il essaie d’attraper.

Il s’agit d’un ratage généralisé. Et notre Thotsakan, pendant ce temps, profite de son île et de la présence de Nang Sida.

Voici le déroulé du troisième épisode :

Depuis plusieurs mois la princesse Nang Sida a été enlevée par Thotsakan et reste introuvable. Phra Lam demande à Hanoumân et son armée de singe de partir sur l’île de Lanka où elle se trouve captive.

La mer empêche les troupes de continuer et ils se retrouvent dans l’obligation de se reposer dans l’île de l’oiseau rouge, Samphathy, frère de l’oiseau bleu de l’épisode précédent, Sadayou.Le Phralak Phralam ARTGITATO Luang Prabang 2

L’oiseau qui voit son espace envahit attaque les singes, mais fait face aux généraux de, Ongkhot et Somphouphanh. Cependant, Hanoumân cherche à négocier avec l’oiseau rouge en lui contant l’histoire de son frère tué des mains de Thotsakan.

Malgré son grand âge de 60.000 ans, Samphathy accepte pour venger son frère de le guider par les airs sur l’île de Lanka afin d’y retrouver Nang Sida.

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 Le Pha Lak Phra Ram :

Le Ramayana  (रामायण) Le parcours de Rama) version laotienne.

(Version khmère : Ramakerti – Version malaisienne : Hikayat Seri Rama – Version Thaïe : Ramakien)

Les principaux personnages :

Sītā (सीता) avatars de Lakshmi, symbole de la nature, compagne de Vishnu, épouse de Rāma symbole de la culture, devient Nang Sida
Râvana, le démon aux dix têtes et aux vingt bras, gouverne les Rakshasa sur l’île de Lanka, actuelle Sri Lanka, ennemi de  Rāma, qui enlèvera Sītā devient Hapkhanasouane.

Le Phralak Phralam ARTGITATO Luang Prabang 1
Laksmana, लक्ष्मण, frère cadet de Rāma, l’accompagne dans son exil, deviendra Phra Lak, ພຣະລັກ.
Rāma, le frère de Laksmana, devient Phra Lam (ou Phra Ram ພຣະຣາມ)
Hanoumân, « pourvu de grandes mâchoires », le dieu singe, fidèle de Rāma qui l’aidera à retrouver Sītā deviendra Houlaman.

 

ARTGITATO

LE PHRA LAK PHRA LAM (ép 2) LA NAÏVETE ABSOLUE DES DIEUX

Le Phralak Phralam
ພຣະລັກພຣະຣາມ
Episode 2
 L’Enlèvement de Nang Sida

 Le Ballet Phra Lak Phra Lam ARTGITATO 2

La Naïveté absolue
des Dieux

Le Ramayana  (रामायण) Le parcours de Rama) version laotienne.
(Version khmère : Ramakerti – Version malaisienne : Hikayat Seri Rama – Version Thaïe : Ramakien)

Sītā (सीता) avatars de Lakshmi, symbole de la nature, compagne de Vishnu, épouse de Rāma symbole de la culture, devient Nang Sida
Râvana, le démon aux dix têtes et aux vingt bras, gouverne les Rakshasa sur l’île de Lanka, actuelle Sri Lanka, ennemi de  Rāma, qui enlèvera Sītā devient Hapkhanasouane.
Laksmana, लक्ष्मण, frère cadet de Rāma, l’accompagne dans son exil, deviendra Phra Lak, ພຣະລັກ.
Rāma, le frère de Laksmana, devient Phra Lam (ou Phra Ram ພຣະຣາມ)
Hanouman, le dieu singe, fidèle de Rāma qui l’aidera à retrouver Sītā deviendra Houlaman

 Le Ballet Phra Lak Phra Lam ARTGITATO 1

Le second épisode marque encore la faiblesse de nos dieux. Nous avons les deux frères héros de notre épopée, Phra Lak et Phra Lam qui n’est autre que Rāma lui-même avec en prime Nang Sida, le symbole même de la culture qui oublie qu’elle détient une bague d’invincibilité. Les trois sont émerveillés par un cerf en or et s’éparpillent dans la forêt obscure. Le champ est libre pour les deux frères machiavéliques que sont Thotsakan et Malit. Plus malins que les deux premiers, ils captureront Nang Sida..

Le déroulé de cet épisode :

Le bouillant et truculent Thotsakan, non content d’avoir subtilisé Nang Uma au dieu Phra In, s’entiche de posséder désormais Nang Sida. Il en parle à son frère Malit et évoque le souhait de l’enlever dans la forêt qui jouxte le domaine de Phralam.  Bien entendu, c’est son frère qui s’y colle.

Nous voilà  dans la forêt. Malit qui aperçoit un groupe formé de Phralam, Phralak et de Nang Sida, se transforme en un cerf d’or éclatant. Nang Sida est émerveillée par tant de beauté et de grâce qu’elle demande à Phralam de le capturer. Phralam en essayant de le prendre s’enfonce dans la forêt et s’écarte des deux autres.

Un cri inquiétant brise le silence de la forêt, qui inquiète Nang Sida qui pense qu’il s’agit sûrement de Phralam. Avant de la quitter pour porter secours à Phralam, Phralak trace un cercle autour de Nang Sida pour éloigner les mauvais esprits et la protéger. Nang Sida le rassure en lui affirmant qu’elle ne sortira pas du cercle et qu’elle attendra son retour.

Jacky Lavauzelle

Le Ballet Phra Lak Phra Lam ARTGITATO 3

LE PHRA LAK PHRA LAM (ép 1) L’IMPUISSANCE DES SOMMETS

Le Phra Lak Phra Lam
ພຣະລັກພຣະຣາມ

Ballet Royal Phralak Phralam Luang Prabang Artgitato 3

 L’IMPUISSANCE
DES SOMMETS

 Représentation par le Ballet Royal Phralak Phralam de Luang Prabang (Laos)

Le Ramayana  (रामायण) Le parcours de Rama) version laotienne.
(Version khmère : Ramakerti – Version malaisienne : Hikayat Seri Rama – Version Thaïe : Ramakien)

Ballet Royal Phralak Phralam Luang Prabang Artgitato 1Sītā (सीता) avatars de Lakshmi, symbole de la nature, compagne de Vishnu, épouse de Rāma symbole de la culture, devient Nang Sida
Râvana, le démon aux dix têtes et aux vingt bras, gouverne les Rakshasa sur l’île de Lanka, actuelle Sri Lanka, ennemi de  Rāma, qui enlèvera Sītā devient Hapkhanasouane.
Laksmana, लक्ष्मण, frère cadet de Rāma, l’accompagne dans son exil, deviendra Phra Lak, ພຣະລັກ.
Hanouman, le dieu singe, fidèle de Rāma qui l’aidera à retrouver Sītā deviendra Houlaman

Episode 1 : Le pèlerinage au Mont Meru (मेरु) Destruction et reconstruction

Il est question ici, au milieu de la grandeur des dieux et de la grandeur des lieux, de l’impuissance. Plus que de force et de super pouvoir. Les petits se prennent pour des géants et les dieux se font avoir par les hommes.

L’impuissance règne dans tout le premier épisode de notre Phra Lak Phra Lam. De l’impuissance qu’a le géant à maîtriser sa force devant un lézard si menu, faible et pacifique. L’impuissance du dieu à reconstruire lui-même son temple et sa montagne. L’impuissance du candidat à la reconstruction qui ne peut rien sans l’aide du dieu lui-même. L’impuissance du dieu enfin et encore devant le choix diabolique du candidat qui vient lui prendre sa femme.

Ballet Royal Phralak Phralam Luang Prabang Artgitato 2Derrière la violence est toujours sous-jacente, comme action compensatrice et libératrice.

Voici le déroulé de cet épisode :

Le pèlerinage du géant Virayou au temple Phra In, dieu de la richesse et Roi des dieux, qui se situe au sommet du Mont Meru, lieu haut de 450 000 kilomètres, composé de cinq pics, domaine des dieux. Le géant émerveillé par la beauté du site, se met à prier devant chaque sommet. L’évocation d’une telle splendeur est mal interprétée par un lézard qui pense que de telles louanges lui sont adressées. Gonflé par de si beaux compliments, il interrompt la prière de notre géant ; ce qui a pour conséquence funeste de le mettre dans une énorme colère. En lançant son collier magique, il le rate, mais détruit le temple et le sommet de la montagne. Dépité et honteux, il préfère toutefois fuir plutôt que d’affronter la vengeance impitoyable de Phra In.Ballet Royal Phralak Phralam Luang Prabang Artgitato 4 Celui-ci, en arrivant sur les lieux et en observant un tel désastre, appelle le général  Chitabouth. Une récompense sera offerte à quiconque reconstruira le sommet de la montagne et son temple.

C’est Thotsakan qui se présente, motivé par la récompense de pouvoir exaucer le plus fou ses désirs. Après de nombreux échecs, Phra In lui conseille alors de s’aider des divinités représentants les quatre points cardinaux. Avec ce conseil et les prières qui s’ensuivirent, la reconstruction se réalise.

Il choisit alors pour récompense la femme-même de Phra In, Nang Uma. Malgré les propositions de quatre magnifiques Apsaras, nymphes célestes d’une grande beauté, celles qui glissent sur l’eau et qui sont naît du barattage de la Mer de lait »,  Thosakan reste sur son choix initial au grand désarroi de Phra In.

ARTGITATO

Le Dom Juan de Molière – Quand les masques tombent …

MOLIERE

 Dom Juan,
Quand les masques
tombent…

Artgitato Dom Juan - Molière_-_Nicolas_Mignard_(1658)

Sganarelle, qui en appelle d’emblée à Aristote, rien que ça, le premier, présente son maître comme « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable brute, un pourceau d’Epicure». Pourtant Sganarelle n’est qu’un triste sire, ladre et peureux comme pas un. N’ayant aucune parole, jamais capable de dire en face ce qu’il pense de ce maître honni, ou simplement d’en changer, puisqu’à ces yeux c’est le diable personnifié. Lui, se permet de donner des leçons de morale et de séparer le bien du mal et n’hésite pas à une seconde à jeter, non la première pierre, mais la maison toute entière. C’est ce Sganarelle, le lâche devant le danger, qui nous donne, en son temps, sa leçon. Cette seule origine de cette critique, bien vite amenée, devrait dans notre for intérieur  nous alerter. Et si Dom Juan n’était autre qu’un preux révolutionnaire, libéral dans ces mœurs et grands dans ces actions, dans les mouvements de son cœur. Un révolutionnaire animal, il est vrai sans contrôle sur ses pulsions. Mais un révolutionnaire ne contrôle pas tout. Il s’adapte aux événements.

Réhabilitons Dom Juan !

La pièce débute sur un détournement avec l’apologie du tabac. Le mal devient le bien. « Il n’est rien d’égal au tabac », « non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu ». Nous sommes en plein contre-sens. Et le reste est du même tonneau. Dom Juan est présenté comme le mal. Ne serait-il pas le bien, libre et généreux. Courtois et attentionné. D’une audace flamboyante de cette étoffe juste et rugueuse qui n’a pas peur de devoir s’expliquer devant le Ciel dans l’au-delà. « C’est une affaire entre le Ciel et moi, et nous la démêlerons bien ensemble. » Sganarelle aujourd’hui semble être resté le bon serviteur comique et Dom Juan, le tombeur diabolique de ces pauvre et innocentes dames. Le désir qui envahit Dom Juan est naturel, il entraîne cette danse, cette séduction que l’on retrouve chez les autres animaux. Etienne Pivert de Senancour soulignait que « tout but d’un désir naturel est légitime ; tous les moyens qu’il inspire sont bons. »

Un homme  d’action projeté dans le futur

Pourtant, lui, ne détourne pas son discours. Il fait, il parle. Il apparaît alors pour ces contemporains comme un cynique. Il s’engage dans ces passions où domine son instinct. Il sacralise ses pulsions en les rendant toutes exceptionnelles et merveilleuses, dignes des contes orientaux les plus fous et débridés : « Une douceur extrême », « les charmes inexplicables », « le réveil de nos désirs »…

 Dom Juan reste fondamentalement un homme libre dans un siècle de conventions, essentiellement libre. Il se projette toujours. Une femme amène une nouvelle femme. Un désir, un nouveau désir. Conquêtes après conquêtes.  S’arrêter, ce serait rester dans le présent. Comme prisonnier du temps. Enfermer dans cet espace contraint de la seconde immédiate. Ce serait manquer d’oxygène ; donc mourir. D’où ce mouvement perpétuel, d’où des envies nouvelles chaque fois. Chaque nouvelle sensation le fait vivre. Dans toute nouvelle émotion, son cœur repart. Il revit. Il bouge, se bouge, reste d’une curiosité démesurée ; « il se plaît à se promener de liens en liens et n’aime guère à demeurer en place. » C’est qu’au-delà de son intelligence et de son raisonnement, il agit. Il est un homme d’action principalement. « Tous ces discours n’avancent point les choses ; il faut faire et non pas dire, et les effets décident mieux que les paroles. »

L’horreur et la peur du présent

Simone Weil positionnait ce désir dans l’attente, et dans l’impossibilité de trouver une réponse à cette fuite continue : « Quand on est déçu par un plaisir qu’on attendait et qui vient, la cause de la déception, c’est qu’on attendait de l’avenir. Et qu’une fois qu’il est là, c’est du présent. Il faudrait que l’avenir fût là sans cesser d’être l’avenir. Absurdité dont seule l’éternité guérit. » (La pesanteur et la grâce) Oui, car le plaisir qu’on attend n’est simplement pas du plaisir, ça ne peut être que du désir. C’est ce que disait déjà Voltaire dans son Dictionnaire philosophique : « le présent est plaisir, le futur désir« . Et Dom Juan s’en moque du plaisir, c’est un être de désirs qui donc ne ne peut jamais s’arrêter. Il court donc, il court jusqu’à sa fin, jusqu’à sa damnation. Il ne pourrait en être autrement.

La constance n’est bonne que pour les ridicules !

Dom Juan a le mouvement de la bête, du cynique, du chien qui verrait passer la chienne, dès qu’une belle et jeune femme approche. Il court, il enrage.  Il se jette dessus comme le ferait un chien affamé sur son os. La fin et la faim ne sont plus guidées par la raison. Il cultive les dispositions brutes de sa nature, en les analysant (tirade de la scène 2 du premier acte). Son devoir absolu : l’inconstance. « La constance n’est bonne que pour des ridicules. » Mais c’est un animal logique dans toutes les autres circonstances.

Le courage personnifié

Et ce mouvement ne se fait pas sans panache. Et il est vrai que Dom Juan est courageux. Il fonce, n’a peur de rien. « Mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté. » …« Oui, je suis Dom Juan moi-même, et l’avantage du nombre ne m’obligera pas à vouloir déguiser mon nom. »  Devant le danger, il ne calcule pas, ne tergiverse pas. Il va aider et se jette dans la bataille. C’est un sanguin notre Dom Juan. Avec les dames comme dans l’adversité.

Mais vous faites que l’on vous croit !

Il suffit d’écouter Dom Juan, pour savoir qu’il a raison, ou, tout du moins, qu’il a des arguments Il est d’une intelligence basée sur la logique et le bon sens. « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle et que quatre et quatre sont huit. » Cette logique, totalement maîtrisée, trouble et déstabilise le plus souvent ces contradicteurs. « Vous parlez comme dans un livre…Vous tournez les choses d’une manière, qu’il semble que vous avez raison ; et cependant il est vrai que vous ne l’avez pas. »  « Mon Dieu ! Je ne sais si vous sites vrai, ou non ; mais vous faites que l’on vous croit. »

Il est toujours le plus clair et le plus ouvert possible, à l’exception de la période de conquête amoureuse et de ses créanciers, où il faut aime à jouer de stratagèmes et de ruses. « Vous vous expliquez clairement ; c’est ce qu’il y a de bon en vous, que vous n’allez point chercher de détours : vous dites les choses avec une netteté admirable. »

Songeons à ce qui peut nous donner du plaisir

C’est un esthète, sensible à la beauté et aux charmes. Sa vie est gouvernée par la notion de plaisir. Sans plaisirs, pas de vie, pas d’envie. « Songeons seulement à ce qui peut nous donner du plaisir. » Pas seulement pour les femmes. « Tout le monde m’a dit des merveilles de cette ouvrage, aussi bien que de la statue du Commandeur, et j’ai envie de l’aller voir. ».

En tant qu’esthète, il aime la vie et refuse la mort qu’entraînerait le mariage. C’est un profond libéral, opposé à ce conservatisme castrateur du mariage. Être fidèle, c’est « vouloir se piquer d’un faux honneur, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux. »

L’ambition des conquérants

Son cœur dans la relation amoureuse domine sa raison.  Le ton est d’abord à la raison et aux arguments. La voix se trouve posée et parle loin et claire. « Quelle réponse as-tu faite ?…Quelle est ta pensée là-dessus ? »  Passe un jupon, et le souffle devient court, haletant. La pensée se retrouve embuée, inondée, lessivée. La nappe monte et le phrasé s’accélère. Nous voguons sur une passion qui toujours change d’objet. Qui emporte tout. Le maître devient l’esclave de sa passion. Il suit son désir.  Et il n’y a que là qu’il est dominé. Alors, il résiste. Ne rend pas les armes. Il devient désormais conquérant, guerrier de l’amour. Il élabore des stratégies, « l’ambition des conquérants ». Le voilà prêt « à réduire…à combattre…à forcer pied à pied toutes les petites résistances… » Comme son esprit est généreux, son cœur peut « aimer toute la terre, et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. »

Que lui reprochent les femmes ?

Que lui reproche-t-on ? Peut-être de pouvoir aimer sans limite. De faire de sa vie toute entière une recherche d’amour, alors que ces dames ne recherchent qu’une situation confortable et sécurisée. Il aime le danger, c’est certain. Elles attendent de la sécurité. Elles font du mariage une prison quand lui ne propose que des leurres.            

Je vous ai aimé avec une tendresse extrême

Il les aime profondément dès ce premier moment quand son cœur alors bat encore la chamade. Il est tout entier dans sa passion, ce qui ravit, bien entendu, les courtisées. Elles sont désormais les plus belles, les plus fraîches, les plus désirables. Mais subitement la passion s’estompe. Et ces contemporains qui s’en satisfont par le lien du mariage sont plus hypocrites que Dom Juan, en prenant par la suite des maîtresses. La passion se dissout, part inéluctablement. « Mais ma passion est usée pour Done Elvire, et l’engagement ne compatit point avec mon humeur. » Il donne du plaisir aux femmes. Il sait se faire aimer. « Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde ne m’a été si cher que vous. » souligne Done Elvire.

L’hypocrisie, la voilà la vraie imposture !

C’est dans sa longue deuxième scène du dernier acte, que Dom Juan dénonce « ce qui se servent de masques pour abuser le monde » et qui joue les moralistes et les gens biens sous tous rapports. Cette hypocrisie est ce qui est le mieux partagé de par ce monde. « L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoi qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. »

Il lui faut du nouveau pour enflammer son cœur et raviver sa flamme. « Sais-tu que j’ai encore senti quelque peu d’émotion pour elle, que j’ai trouvé de l’agrément dans cette nouveauté bizarre, et que son habit négligé, son air languissant et ses larmes ont réveillé en moi quelque petit reste d’un feu éteint ? »

Mon coeur à toutes les belles, à celles qui savent le prendre

Lui, Dom Juan, donne son cœur et son corps aux femmes. Totalement. Ce sont elles qui sont en mesure de le garder plus ou moins longtemps. « Mon cœur est  à toutes les belles, et c’est à elles à le prendre tour à tour, et à le garder tant qu’elles le pourront. » Il se jette en pâture à ces fauves et quand il ne reste plus rien, même plus l’os, elles se retournent les unes contre les autres ou, mieux encore, crient au vol et au déshonneur !

Attendez que je soyons mariés !

A cette époque, une seule possibilité d’assouvir son plaisir : la demande en mariage. Elles attendent toutes ce moment, comme la sainte option pour finir leur vie paisiblement. Elles cherchent à mettre la main sur la meilleure option, le meilleur parti. « C’est moi qu’il épousera » répond Mathurine à Charlotte, quand celle-ci assure qu’elle est « celle qu’il aime. » Elles promettent des merveilles après cette acceptation. Tout sera possible. Ce sera merveilleux. « Oh ! Monsieur, attendez que je soyons mariés, je vous prie ; après ça, je vous baiserai tant que vous voudrez. »

Un amant aimanté

Dom Juan joue avec ce saint sacrement. Il s’en amuse. Il devient « l’épouseur du genre humain » pour Sganarelle. C’est son arme. « Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains. » Il est révolutionnaire. Au diable les conventions. A nous les plaisirs. Il est pour le mariage pour toutes. Elles aiment tant ça ! Mais juste pour le rêve. Pourquoi s’emprisonner, s’emmurer : « j’aime la liberté en amour, tu le sais, je ne saurais me résoudre à renfermer mon cœur entre quatre murailles. Je te l’ai dit vingt fois, j’ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m’attire. » C’est un véritable aimant magnétique !

Dom Juan n’est pas une victime des femmes, il n’est seulement qu’une victime du désir qu’il a des femmes et de ce trop-plein d’envies, de désirs et de liberté. Pour l’époque, c’est beaucoup trop ! ; ça fait de lui un monstre, une « véritable brute, un pourceau d’Epicure« .

Jacky Lavauzelle

SAMSON (Maurice Tourneur) Le Lion et le Miel

Maurice TOURNEUR
SAMSON (1936)
Tourneur Samson Harru Baur Artgitato
LE LION
&
LE MIEL

Dans le monde du business, nous avions la force animale, les lions affamés, deux poids-lourds aux affaires, deux hommes puissants, Raimu, dans Ces Messieurs de la Santé de Pierre Colombier en 1934, et Charles Vanel dans les Affaires sont les affaires de Jean Dréville, en 1942.  Nous avons, en 1936, dans le Samson de Jacques Tourneur, Harry Baur le magnifique (Jacques Brachart). Celui-ci devrait boxer dans la catégorie des super-lourds. Mais nous sommes avec des professionnels où cette catégorie n’existe pas. La question ne se pose donc pas. Ce sont trois magnas de la finance, trois génies des affaires, trois extra-terrestres du business.
Nous sommes cependant plus en empathie immédiate avec le roublard Jules Taffard  (Raimu) qu’avec notre Jacques Brachart (Harry Baur) ou notre Isidore Lechat, le plus intransigeant et cynique des trois.

Brachart est notre Samson. Sa force ne lui vient pas de sa chevelure, mais de son argent. Il est intouchable, craint et donc respecté. Au journal qui veut le faire chanter, il a une solution simple, directe : en devenir le principal actionnaire et virer comme un malpropre son directeur. On ne joue pas avec Brachart. Il n’en a ni le temps ni l’envie.

LE LION ET LE MIEL

Les trois films se ressemblent. Nos personnages un peu  aussi. Au premier abord seulement. La même scène d’introduction dans Samson et dans Ces Messieurs de la Santé : la Bourse de Paris, la ruche financière, où nos abeilles butinent au jour le jour. Au centre, la Reine, le tableau noir où nos chiffres défilent aux cris des boursicoteurs surexcités.  En 1942, le décor change et nous nous retrouvons dans les locaux d’un grand journal où Isidore Lechat règne en maître absolu. La presse vient de prendre son essor et savoure pleinement sa puissance.

Le lion et le miel. Le fort et le doux. Comme notre Samson qui après avoir tué le lion retrouvera les abeilles à son second passage Ce sont elles qui lui donneront l’idée de la célèbre énigme: « de celui qui mange est issu ce qui se mange, et du fort est issu le doux. »

L’AFFOLEMENT, COMME TOUT LE MONDE !

Revenons pour le moment, à nos lions dominants.

Le temps reste à la base de toutes les affaires, les petites comme les grandes. Le jugement doit être éclairé et rapide comme l’éclair. Bref, lumineux. Les deux ennemis du jugement : la mauvaise information et l’affolement. Pour faire baisser intentionnellement une valeur, le conseil de Brachart à la question « Quelle attitude devrais-je prendre ? », la réponse est la suivante : «  l’affolement, comme tout le monde ! »

Mais les rocs ont tous leur fragilité, à l’exception de Lechat. Les montagnes s’affolent aussi. Le tremblement de terre de Brachart s’appelle Anne-Marie d’Andeline (Gaby Morlay), rencontrée devant l’un des premiers photomatons. A ce moment-là, la statue du Commandeur va s’effriter.

Anne-Marie n’aime pas Brachart et réalise un mariage de raison  poussée par sa mère, issue d’une famille noble, désormais désargentée en grande difficulté financière. Le parti de Brachart est donc inespéré ; il n’y a pas à hésiter. Il faut livrer la biche aux dents du lion qui tourne autour de sa proie. Samson a trouvé sa Dalila et il sait que rien ne lui résiste longtemps. Une Dalila qui va aussi le trahir, comme dans le mythe. Le résultat sera le même : il sera rasé symboliquement, complétement ruiné. A la différence que notre Brachart le fera consciemment, incapable de voir sa belle lui échapper. Sa fortune est un obstacle, ruinons-nous en ruinant l’amant bellâtre.  

QUAND LE LION DEVORE SON LIONCEAU

Brachart est conscient en effet, dès le commencement, de faire un mariage de raison. Il compte sur  la durée. Il sait que ce temps de l’amour ne se maîtrise pas. Il est follement amoureux. Il joue alors l’homme distant devant Anne-Marie, franche, elle, sur la profondeur épsilonesque de ses sentiments. L’originalité, vient que dans ce monde des affaires totalement pourri, ou l’argent est roi, moteur de chaque chose, chaque respiration, notre financier va mettre toute sa fortune en jeu pour ruiner Jérôme Le Govain (André Luguet), l’amant à la belle figure, aux cheveux parfaitement huilés, jeune lionceau dans l’arène de la finance qu’il venait d’enrichir précédemment par des conseils avisés sur les cuivres africains.  

ATTENTION AU LION BLESSE !

En se dénudant, se dépouillant, il va faire vaciller, enfin,  le cœur de notre Anne-Marie. L’être, froid, se révèle un être de passion, de feu, fougueux à l’extrême. Comme Samson à Gaza, Brachart n’est pas encore mort. Loin de s’enfuir vers Londres, il retrouve sa dulcinée éplorée et  bras dessus, bras dessous décide de revenir vers Paris. Il ne faut en effet jamais vendre la peau du lion avant de l’avoir tué !

Le vieux lion est devenu abeille. Il a trouvé sa reine. La lune de miel va pouvoir commencer !

 

Jacky Lavauzelle

 

 

MANON de CLOUZOT : DES CRIS D’AMOUR EN PLEIN DESERT

Henri-Georges CLOUZOT
MANON
(1949)

Manon Clouzot Artgitato
Des Cris d’amour
en plein désert

Je suis obligé de faire remonter ce billet au temps de ma vie où je vis pour la première fois Manon, cette blanche noirceur. Ce fut une étrange émotion. Quoique je fusse ravi de voir cette blondeur ravissante et solaire, je me remplis d’un doute tenace sur les vrais sentiments de la belle.  Moins troublé que ne l’était Robert Desgrieux, clone imparfait du chevalier des Grieux de Manon Lescaut, je n’en éprouvais pas moins un malaise certain et indéfectible.

 Je revenais rapidement les jours suivants revoir ce maléfice. Je n’y vis aucun Tiberge pouvant secourir de ses mains bienveillantes le pauvre et naïf Desgrieux, pris dans les raies spectrales à la fois sombres et lumineuses de la maudite et perfide Aubry. Je fus surpris, en entrant dans cette œuvre de n’y point voir aussi le père aussi régulièrement. Son entrée fut courte quoique pleine d’un avertissement ultime. Il rentre et ne dit mot. Son regard seul suffit à remplir la pièce d’un silence détestable, voire embarrassant. Il ne reviendra plus. La discussion est close sans avoir pour autant commencée.

Le mal qui entrait, n’avait pas que Manon comme issue. Le frère, ce Méphistophélès  incarné,  paraissait dans la peau de Serge Reggiani, fumant du mal qu’il puisait à la source de l’Enfer. Je m’arrêtai un moment afin de voir ses cornes qu’il devait, je le crois, ronger ou alors cacher de sa fange nauséabonde. Ses pieds fourchus avaient tout autant de fortes raisons de rester cachés et demeurer invisibles. Vif sur le marché noir, facile pour tous les sales coups aventureux et malhonnêtes. Des exclamations d’une vieille firent sursauter la salle. Des canons, des obus éclataient à tout va, laissant une église somptueuse éventrée sur ces longues et infinies colonnes que nous retrouvâmes longtemps après dans le désert de Judée sous la forme de palmiers effrayants. Nous l’avons tirée de la salle. Je lui fis, de la main, comprendre qu’il valait mieux de ne plus revenir nous échauffer l’oreille. Et nous nous renfermâmes afin de nous replonger dans nos si mauvaises actions. Le noir se fit. Aubry revint. Ce fut le second jour.

Quelle ne fut pas l’horreur de voir la tête de Manon, dans ce village de fumée accompagner Desgrieux et se pencher souriante sur les fonts baptismaux. Voilà un sourire, ajouta mon voisin, à ma droite, qui pourrait nous instruire sur ses intentions véritables et la cause prochaine des mauvaises grâces de notre héros. Nous voulions crier dans la salle. Mais nous n’étions pas au Luxembourg, devant un Guignol en triste posture. Je me tournai vers le coin sombre de la salle n’y apercevant que des yeux hagards, bouches pendantes et écumantes de peur. D’autres ont eu l’insolence de crier, de pleurer, de taper des pieds comme des chevaux enragés. Ce regard de Manon me parut des plus offensants et pourtant un des plus diaboliques qui se puisse donner.

En regardant Manon dans sa blancheur virginale, je ne voyais qu’une image de Satan. Il était mis fort simplement dans ce petit corps fragile. Un haut bien ajusté, une petite poitrine plaisamment remontée. Mais on distinguait au premier coup d’œil, ce regard narquois qui ensevelissait Desgrieux. Lui se levait et la regardait, n’y voyant que les yeux charitables et bons de l’amour le plus sincère.

Ces yeux ensevelit par ce sable torride. Ce n’était point un asile assuré. Mais écoutez les hurlements du chacal apeuré et tremblant comme une feuille après sa triste découverte. Manon, tu peux dormir en paix.

Jacky Lavauzelle

(Libre reprise du texte de l’abbé Prévost)

Thérèse Desqueyroux (G Franju): LA POINTE ET LE CERCLE

Georges FRANJU
Thérèse Desqueyroux
(1962)

Franju Artgitato Thérèse Desqueyroux

 La Pointe
&
Le Cercle

Un ciel immense et nuageux. Sombre et orageux. Ce ciel qui écrase cette terre noire et linéaire où rien ne se distingue. Qu’une ligne. Une simple et pauvre ligne sur la crête des arbres. La musique n’est ni triste ni gaie. Mais nous la suivons. Nous parcourons l’horizon. D’un coup, nous partons, nous prenons de la hauteur. La caméra, en apnée,  part dans les nuages, comme pour nous trouver un peu plus d’oxygène. La caméra c’est elle, c’est Thérèse. C’est l’œil de Thérèse. Cet œil qui ne trouve rien dans ce paysage. Qui ne veut rien trouver. Qui surtout ne s’y attarde pas. Le meilleur est ailleurs.

NON-LIEU !

Mais la vie nous ramène au réel. Et la caméra redescend. Du ciel sur la ville. Une petite musique nous pose sur le palais de justice. Un homme sort, une femme reste derrière, hésitante, c’est Thérèse. Sorcière dans le monde des vivants. Elle ne se fera ni lyncher ni brûler.  La ville est déserte, comme terrorisée devant le mal à l’état pur. Comme si chacun avait fui la peste ou le choléra. Un être semble s’être égaré, semble encore y croire : c’est son père. Le premier lui crie : « non-lieu ! ». Et dans un sens, c’est vrai, il n’y a plus de lieu. Thérèse est la négation de cet espace de vie. Cette terre qu’elle souhaiterait effacer ou pulvériser. Thérèse a gagné.

LES PATIENTES INVENTIONS DE L’OMBRE

Une « puissance forcenée en moi et hors de moi ». Thérèse serait une marionnette. Elle veut comprendre. Nous voudrions la croire. Nous la suivons. Et la nuit devient jour. « Il faudra tout reprendre depuis le commencement. Mais où est le commencement de nos actes ? » Thérèse n’est pas libre ; elle est coupable, coupable de noircir ces âmes et cette nature. Elle se veut différente,  intellectuelle ; elle banalise ce monde qui dort dans l’ordinaire du réel. Le banal est sale, triste, gluant. Il n’est peut-être pas grandiose ce monde, un peu lâche, mais c’est un monde qui ne mérite pas son déferlement de haine. Thérèse méprise ce monde d’Argelouse, mais plus généralement le monde et les hommes. Elle pense se situer dans un ailleurs. Elle se positionne dans ce mal latent qui passera par la destruction criminelle. Elle pense « subir les patientes inventions de l’ombre ». Mais, malgré le feu de sa passion, l’ombre, c’est elle.

LE NEGATIF DE L’ANGE

C’est un négatif. Elle porte des idées de grandeur, de passion, de puissance, de sensibilité. Elle pense être un ange. C’est tout le contraire.

Thérèse pour devenir Desqueyroux épouse Bernard. Elle prend le nom du bout des doigts, comme quelque chose de sale, et c’est tout. La greffe ne prend pas. Elle ne fera aucun effort. Thérèse est sèche, longue, le fond des yeux est noir. Thérèse est une pointe, capable de faire exploser n’importe qui ou n’importe quoi. Le cercle c’est Bernard ; il est rond ; les problèmes glissent. Il a peur des incendies dans la chaleur étouffante de l’été. Il participe aux traditions de la fête dieu. Il est rond. Il est l’eau, la goutte, qui roule sur la feuille. Cette goutte qui rencontre la pointe, la flèche acerbe et tranchante. Elle est piquante comme le clou sur la route dans l’attente de son pneu malheureux. « sans les domestiques, on ne saurait jamais rien ! Heureusement, il y a les domestiques !  » Elle sèche comme la peau du serpent au soleil. « Il vaut mieux maigrir qu’engraisser » soulignera-t-elle. Ils ne sont pas faits pour vivre ensemble. Lui qui appartient « à la race aveugle, à la race implacable des simples », elle qui se dit être « un ange plein de passion »

L’IMAGE DESEQUILIBREE

D’emblée, la caméra suit deux jeunes filles souriantes, Thérèse (Emmanuelle Riva) et Anne (Edith Scob) radieuses, vêtues d’un blanc lumineux, énergiques et insouciantes, la voix d’Emmanuelle Riva, monocorde et triste, glace le sang. Cette voix se pose dans la confession comme annonciatrice de la douleur contenue, retenue, réfrénée et  renfermée. Elle annonce le drame à venir. Elle met l’image en déséquilibre. L’image devient fausse. Quelque chose ment. La voix ne saurait mentir. Elle vient de trop loin. La haine est latente qui arrive sur cette petite musique limpide : « je haïssais ce jeu avec lequel Anne se livrait avec innocence et bonheur. » Il est clair désormais que nous n’aurons plus maintenant des instants de bonheur et de naïveté. Le temps de l’insouciance est terminé. Vient le dédain : « eh bien, va maintenant ! Va ! »

LA PURETE DE L’IGNORANCE

Pourtant, nous ne croyons pas la voix quand elle dit être un ange. La voix vient des ténèbres. Un ange s’y serait-il perdu ? « Etais-je si heureuse ? Etais-je si candide ? Pure, je l’étais. Un ange, oui ! Mais un ange plein de passion. Pour être aussi pure qu’Anne, élevée au couvent, je n’avais pas besoin de tous ces rubans, de toutes ces rengaines. Encore la pureté d’Anne était-elle surtout faite d’ignorance. » Satan aussi était un ange, à l’origine. Thérèse commence sa déchéance.

Bien entendu, Argelouse n’est pas le jardin d’Eden ou le paradis. Ce n’est pas l’enfer non plus. Les gens ont la  vie simple et tranquille des terroirs. Tout le monde se connaît, l’apparence est primordiale. Surtout ne pas faire de vague. Surtout cacher ceux de la famille faibles d’esprit, dérangés, attardés. Enlever les photographies compromettantes de l’album de famille. Ces trous sont autant de fracture et de rupture, vécues dans le plus profond secret. Le passé n’est pas léger. Mais il faut faire bonne figure. Craindre cette chaleur qui risque tout anéantir, lire le journal le soir à la veillée, faire attention à sa santé, se payer une virée à Paris, … Alors, il est vrai que tout semble lisse et sans cassure. Thérèse lâchera sur la terrasse du café à Paris à Bernard, une des raisons de son comportement : « il se pourrait que ce fut pour voir une lueur d’inquiétude, de curiosité, de trouble enfin. Tout ce que, depuis une seconde, je découvre enfin. » Et Bernard répondra : « Vous avez donc décidément de l’esprit jusqu’à la fin. »

A LA RECHERCHE D’UN REFUGE

Mais Thérèse sera l’être-même du secret. La voix donne un aperçu de son âme. Si noire. Si profonde. Elle se cache derrière la fenêtre, derrière les herbes. Elle se cache derrière Anne, derrière Bernard. Elle cache son crime. Nous n’y voyons jamais trouble. Jamais d’inquiétude. Elle se cache comme le serpent sous son rocher dans la chaleur de l’été. A la recherche d’une cachette, d’un refuge. « J’ai cherché moins dans le mariage une domination et une possession qu’un refuge ». Comme la pie trouve un refuge dans le nid du rouge-gorge ou le serpent trouve un peu de calme après avoir gobé l’ensemble des œufs couvés.

VOUS NE RESSEMBLEZ PAS AUX GENS D’ICI !

Les gens d’ici ne la mérite pas.  Jean Azevedo ne s’y trompe pas dans les palombières lors de leur première rencontre : « vous ne ressemblez pas aux gens d’ici ! »  Elle pense avoir trouvé son alter-ego. La richesse de son mari ne doit rien à son mérite, mais à son héritage. Anne a les qualités de « son ignorance », comme la biche doit-être douce par nature, parce que sans crocs et sans venin. Qu’il est bon, sur le chemin, à se comparer aux personnages de Tchékhov dans les yeux perspicaces de cet étudiant philosophe.

UNE EXTREMITE DE LA TERRE 

C’est dans ce trop loin, dans ce là-bas, dans ce quelque part, que la voix, comme la palombe,b se pose, dans un filet tendu. Elle vient de trop loin dans une infinie tristesse. Il faut donc qu’elle trouve des limites, qu’elle prenne ses marques. Il faut que notre Thérèse catapultée d’un autre ailleurs, d’une autre planète reconnaisse les lieux. Vient un travail de géomètre et de géographe. Reconnaître le terrain, fixer des limites. « Mais où est le commencement de nos actes ? Argelouse est réellement une extrémité de la terre. Au-delà d’Argelouse et jusqu’à l’océan, il n’y a plus rien que quatre-vingts kilomètres de marécages, de lagunes, de pins, de landes. Bernard Desqueyroux avait hérité de son père, une maison voisine de la nôtre. » En trois phrases successives, Thérèse aborde les thèmes des possibles, de la responsabilité, de la localisation, de l’ennui, de son futur mari, du destin et de la fatalité. En un mot, elle est complétement paumée.

OBEIR A UN SENTIMENT OBSCUR

Thérèse est l’être du manque qui veut tout. Elle jalouse ce qui l’entoure. Elle le mérite.  C’est évident. Elle vaut plus que cela. « Au vrai pourquoi en rougir, les deux mille hectares de Bernard ne m’avait pas laissée indifférente. Nul doute que cette domination sur une grande étendue de forêt m’avait séduite. Peut-être aussi avais-je obéi à un sentiment plus obscur. » 

Quand il sera décidé de son départ pour Paris, elle confiera : « je n’avais plus peur d’Argelouse. Il me semblait que les pins s’écartaient, me faisaient signe de prendre le large. »  Toute la nature combattait contre elle, comme un corps attaqué par un virus qui produit lui-même ses anticorps. Elle est rejetée ; le ciel peut s’éclaircir. Le serpent a quitté le nid.

 

Jacky Lavauzelle

 

BONJOUR TRISTESSE (PREMINGER) LE NOIR SOUS LE BLEU DE LA RIVIERA

  • OTTO PREMINGER
    Bonjour Tristesse
    (1958)

  • Bonjour Tristesse 1958 Otto Preminger Artgitato
    Le Noir sous
    le Bleu
    de la Riviera

  • TU N’EST PAS TOUT A FAIT LA MISERE

    « Adieu tristesse, Bonjour tristesse » (Paul Eluard, à peine défigurée). La tristesse comme un ami qui connait la maison. A qui dit-on adieu ? A un ami, un proche, à quelqu’un de la famille. Nous accueillons cette tristesse. Nous lui ouvrons la porte. Elle n’est pas en nous, elle ne naît pas de nous. Nous la laissons entrer. Elle vient, elle sort. Peut-être parce que « Tu n’es pas tout à fait la misère » (Paul Eluard).  Peut-être parce que elle nous fait vraiment comprendre ce qu’est, ce qu’a été, le bonheur, le vrai, celui qui reste dans nos têtes. Comme ce gris qui rend plus bleus les moments heureux.

    UNE ILLUSION DU BONHEUR

    Qu’est-ce que le bonheur ? Est-ce une danse, un cocktail, une ivresse ?  En tout cas, le décor fastueux est là : Paris, les quartiers chics, Notre-Dame, les hôtels particuliers, les voitures de sport décapotables, la vitesse, Saint-Tropez, des plages privées, des ciels bleus et sans nuage, le soleil. Des danses, encore des danses, des exhibitions de peinture, des exhibitions de richesse, de corps, d’ivresse. La mer, la plongée, le ski nautique. Des rires, du champagne. La vie est légère. Des amourettes, des embrassades, des corps pleins de soleil. La seule question se résume à savoir éviter les coups de soleil. Que de l’idéal. Le champ du voisin ne peut pas être plus vert. Nous sommes dans le vert. Dans le bleu. Mais nous sommes dans l’illusion du bonheur.

    LA SALLE D’ATTENTE, PIECE CENTRALE DU BONHEUR

    « Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente. » disait Jules Renard. Mais personne ne souhaite ici attendre. Tout le monde court et danse comme dans la ronde endiablée des nuits de Saint-Tropez. Nous sentons déjà la main de Méphistophélès, dans la ronde du Faust de Gounod.  «  Au bruit sombre des écus, dansent une ronde folle, autour de son piédestal! Et Satan conduit le bal! » 

     Il faut bouger. Vivre. Se sentir vivant. Les êtres sont libres. Ils ne savent pas qu’ils pourraient-être heureux, qu’ils ont tout pour être heureux. Le mouvement incessant ne permet pas d’y goûter. Alors à quoi bon ?

    JE NE VEUX PLUS ÊTRE TRAITEE EN ENFANT !

    Sont-ils désœuvrés ?  « Nous ne sommes pas désœuvrés.  Nous faisons du tennis, du bateau, de la nage. Des choses saines. »  Les corps courent dans tous les sens, à l’image de ce caveau endiablé de Saint-Germain des Prés. Les êtres sont dans une tourmente temporelle. Comme dans une lessiveuse ou une yaourtière. Ils sont en décalage. Cécile (Jean Seberg) souligne qu’elle voudrait être plus jeune ou plus vieille, « je ne veux plus être traitée en enfant. ». Son âge ne lui convient pas. Elle n’a plus l’insouciance de l’enfance.  Elle copie les attitudes de son père, Raymond (David Niven), son modèle « Ce n’est pas ma faute si j’imite Raymond ? »

    FUIR ! MAIS Où ?

    Il y a la fuite. D’abord. Aller ailleurs. Ne pas se satisfaire du présent. Fuir. Vite. Ne pas supporter l’attente. Essayer de dépasser le temps. « -Rien ne t’intéresse donc ? – Si. Aller ailleurs. – Où ? -Je ne sais pas. »

    Il y a surtout ce sentiment indéfini de gâcher quelque chose. « Que de temps gâché, cher Jacques. Que de temps désespérément gâché. » … «- Vous ne pouvez gâcher votre vie.  – Gâchez-vous la vôtre ? » 

    QUE DE TEMPS DESEPEREMENT GÂCHE

    Il y a la peur de l’ennui. Si le mouvement s’arrête, que faire ? comment vivre ? La peur de connaître aussi ce que le mouvement nous apporte. De ne plus être étonné.  De savoir ce qui nous attend. Tout ce mouvement, rend l’avenir tellement prévisible. Il n’y a plus d’étonnement. Plus de surprise. Plus de frayeur. «  Après les courses, il m’emmènera dîner et danser. Et jeudi, au tennis. Et dimanche, à la campagne. Que de temps gâché, cher Jacques. Que de temps désespérément gâché. Il est gentil ce garçon. Je voudrais l’avertir, mais il ne comprendrait pas. »… « Ainsi les Lombard. Ils nous invitent à dîner mardi. Nous irons. C’est l’associé de votre père. Ils raconteront des histoires scabreuses devant vous  et Hélène Lombard plaisantera à propos de ses amis. Leurs seuls souvenirs seront les cuites. » 

    VERS UNE MISE A MORT

    C’est Anne (Deborah Kerr) qui brisera cette relation œdipienne. C’est Anne qui lui interdira de voir son petit ami. C’est Anne encore qui lui dira que le temps de la fête est terminé et qu’il est grand temps de reprendre ces études de philosophie. C’est cette Anne qui lui donnera des ordres et cherchera à la discipliner. Cette Anne qui vient de lui voler son père. Qui vient de le changer. Lui qui ne voulait plus entendre parler de mariage. Anne est de trop. Il faut qu’elle parte. C’est une mise à mort. Involontaire, certes. Mais une mise à mort quand même. Le ciel intérieur se noircit. 

    ATTEINDRE L’INACCESSIBLE. ET APRES ?

    Anne la tant attendue. L’inaccessible. « Mais bien que je lui en veuille,  j’étais fière qu’il ait gagné Anne, l’inaccessible. Cela durerait-il ? » Anne qui trône dans le Panthéon de Cécile. Mais Anne prend le rôle de la mère. Elle n’est plus l’image idéalisée, elle est aussi l’autorité. Ce changement passe par la crainte du changement : «Je craignais que vous ayez peur de moi. C’était vrai jusqu’à cet instant », puis par une acceptation résignée : « Le croyais-je vraiment ? Du moins, j’essayais de le croire et de vivre comme si c’était vrai, comme si les changements qu’Anne apportait à notre vie me rendaient heureuse aussi. » Enfin par la révolte : « Mon père peut me donner des ordres. Pas vous ! »

    ENTOUREE PAR UN MUR INVISIBLE DE SOUVENIRS

    Des enceintes apparaissent Déjà le poids d’un passé « Je suis entourée  par un mur, un mur invisible fait de souvenirs que je ne puis oublier »Le lent cheminement vers cette fin d’enfance. Le paradis perdu qui jamais ne se retrouvera. Uniquement par intermittence. Les limbes de l’enfer apparaissent. « Tu sais où j’habite ? En enfer, avec mon père. »

    SEPT, UN CHIFFRE PORTE-BONHEUR

    L’accident d’Anne est le septième à cet endroit de la route depuis le début de l’année. « Sept, mon chiffre porte-bonheur…Anne nous faisait à tous deux ce cadeau somptueux. Elle nous laissait croire que sa mort était un accident… Mon père et moi, nous partageons toujours cet appartement, nos soirées, nos amis. Cet été, nous passerons encore nos vacances dans le sud. Mais cette fois, sur la côté italienne. ‘Pour changer’ nous disons nous. Mais nous ne disons pas pourquoi nous voulons changer.» Rien n’est changé, mais plus rien n’est comme avant. Le temps est là. Les êtres sont fatigués. La relation avec le père perdure. Mais l’innocence est partie. A jamais. Les êtres continuent à vivre…

    « Si tu veux comprendre le mot bonheur, il faut l’entendre comme récompense et non comme but. »  (Antoine de Saint-Exupéry) On n’atteint pas le bonheur. Le bonheur n’est pas au bout du chemin. Il vient et il va. Délicatement il se pose sur nous. Nous ressentons parfois le velouté de ses ailes. C’est déjà ça !

    Mais Cécile pleure en ce moment devant sa glace. Elle a retrouvé son père. Mais elle sait qu’elle a perdu sa fraîcheur, sa jeunesse. Alors, elle pleure. Elle voit cette fille en face qui n’est plus tout à fait la même, ni tout à fait une autre, comme le dirait le poète. Elle est devenue adulte. Enfin! Mais à quel prix ? Elle n’a pas seulement perdu Anne. Elle dit bye-bye à ces anciens rêves. Elle dit adieu Jeunesse. Elle dit adieu Insouciance.

     

    Jacky Lavauzelle