ALEXANDRE POUCHKINE (1824) A LA MER – К морю

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Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

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ALEXANDRE POUCHKINE 1824
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


A LA MER

  1824
К морю
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Ivan Aïvazovski
Иван Константинович Айвазовский
Arc en ciel
Радуга
Galerie d’État Tretiakov – Moscou
Государственная Третьяковская Галерея

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Прощай, свободная стихия!
Adieu, élément libre !
В последний раз передо мной
Pour la dernière fois devant moi
Ты катишь волны голубые
S’allongent tes vagues bleues
 И блещешь гордою красой.
Dans cette beauté immense et fière.

*

Как друга ропот заунывный,
Comme un long murmure plaintif,
Как зов его в прощальный час,
Comme un appel à l’heure des adieux,
Твой грустный шум, твой шум призывный
Un long et triste souffle
Услышал я в последний раз.
Que pour la dernière fois j’entends.

*

Моей души предел желанный!
Mon âme à tes côtés se retrouvait !
Как часто по брегам твоим
Combien de fois fuyant le monde
 Бродил я тихий и туманный,
Je me promenais sur ton rivage calme et brumeux,
Заветным умыслом томим!
Tourmenté par une quelconque peine !

*

Как я любил твои отзывы,
Comme j’aimais ton phrasé,
Глухие звуки, бездны глас
Tes sons étouffés, cette voix de l’abîme
 И тишину в вечерний час,
Ce silence à l’heure du soir,
И своенравные порывы!
Ces impulsions capricieuses !

 

*

Смиренный парус рыбарей,
Tu t’ouvres devant l‘humble voile de pêcheurs,
Твоею прихотью хранимый,
Qui glisse sur ton dos,
Скользит отважно средь зыбей:
Et vaillamment effleure tes flots :
Но ты взыграл, неодолимый,
Mais tu bondis, tu éructes, irrésistible,
И стая тонет кораблей.
Devant une majestueuse flotte présomptueuse.

*

Не удалось навек оставить
Quand ne pouvant quitter le pont
Мне скучный, неподвижный брег,
Immobile dans la fougue de tes tempêtes,
Тебя восторгами поздравить
Je me félicitais de toujours pouvoir
  И по хребтам твоим направить
Clamer sur la bordure de tes crêtes
Мой поэтической побег!
Mon évasion poétique !

*

Ты ждал, ты звал… я был окован;
Tu m’attendais, tu m’appelais… J’étais prisonnier ;
Вотще рвалась душа моя:
En vain, je déchirai mon âme :
Могучей страстью очарован,
Fasciné par cette puissante passion,
У берегов остался я…
Le long des côtes, je …

 

*

О чём жалеть? Куда бы ныне
Que regretter ? Où maintenant
 
Я путь беспечный устремил?
Partir insouciant ?
Один предмет в твоей пустыне
Un objet, un seul, dans ton immensité désertique
Мою бы душу поразил.
Aurait impressionné mon âme.

*

Одна скала, гробница славы…
Un rocher, tombeau de la renommée …
Там погружались в хладный сон
Au cœur d’un rêve avide
Воспоминанья величавы:
De souvenirs majestueux :
Там угасал Наполеон.
Là, Napoléon s’est endormi.

*

Там он почил среди мучений.
Là, il repose au milieu des tourments.
И вслед за ним, как бури шум,
Et après lui, comme le bruit de la tempête,
Другой от нас умчался гений,
Un autre génie éclate,
Другой властитель наших дум.
Une autre maître de nos pensées.

*

Исчез, оплаканный свободой,
Disparu, pleuré par la liberté
Оставя миру свой венец.
Laissant sur le monde sa couronne.
Шуми, взволнуйся непогодой:
Hurle, frappe et renverse :
Он был, о море, твой певец.
Je serai, o mer, ton chanteur.

*

Твой образ был на нём означен,
Créé à ton image,
Он духом создан был твоим:
Créé par ton esprit
Как ты, могущ, глубок и мрачен,
Puissant, profond et sombre,
Как ты, ничем неукротим.
Comme toi, invincible.

*

Мир опустел… Теперь куда же
Monde vide … où sont-ils
Меня б ты вынес, океан?
Ceux que tu as emportés, Océan ?
Судьба людей повсюду та же:
Destin inchangé du monde :
Где капля блага, там на страже
Sur tous ces corps et sur toutes ces âmes
Уж просвещенье иль тиран.
S’illumine aussi le tyran.

*

Прощай же, море! Не забуду
Adieu, Mer ! Je n’oublierai pas
Твоей торжественной красы
Ta solennelle beauté
 И долго, долго слышать буду
Et pendant longtemps, très longtemps, j’entendrais
Твой гул в вечерние часы.
Tes voix dans les heures du soir.

*

В леса, в пустыни молчаливы
Dans les bois, dans ce désert silencieux
Перенесу, тобою полн,
Je porterai, plein de toi,
Твои скалы, твои заливы,
Tes rochers, tes criques,
И блеск, и тень, и говор волн.
Tes scintillements et tes ombres, et le ressac de tes vagues.

 

 

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ALEXANDRE POUCHKINE
1824  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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