A Lesbie – VII- CATULLE – CATULLUS -Ad Lesbiam

 

CATULLI CARMEN VII
C.V. CATULLI CARMINUM LIBER
litterarum
– Littérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE
CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE VII

Erato la Muse de la Poésie Lyrique
Simon Vouet




Ad Lesbiam

A Lesbie

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Quaeris, quot mihi basiationes
Si tu me demandes combien de baisers
  Tuae, Lesbia, sint satis superque.
De ta part, Lesbie, sont satisfaisants et sont assez.
  Quam magnus numerus Libyssae harenae
Je dis : autant que de grains de sable en Lybie
Lasarpiciferis iacet Cyrenis
Autour des fruitiers de Cyrène
Oraclum Iovis inter aestuosi
entre l’oracle sensuel
Et Batti veteris sacrum sepulcrum;
et le tombeau sacré de l’antique Battus ;
Aut quam sidera multa, cum tacet nox,
ou autant que d’étoiles dans le silence de la nuit,
Furtivos hominum vident amores:
Montrant les furtifs désirs humains :
Tam te basia multa basiare
Donc, de si nombreux baisers
Vesano satis et super Catullo est,
seraient satisfaisants et suffisants pour Catulle,
Quae nec pernumerare curiosi
Assez pour punir les curieux
Possint nec mala fascinare lingua.
Et aussi ensorceler leurs langues.












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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Catulle – Catullus
Catulli Carmen VII

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LA LESBIE DE CATULLE

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.








Ferdinand Brunetière
 (1849 – 1906)
Revue littéraire – À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 1882

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